Le dimorphisme sexuel selon Arte

Lambic, |11.04.2018 |Charlatanisme, Sexisme|1 commentaire

Le 31 août dernier, Arte diffusait un documentaire intitulé Pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes ?. D'après le programme, il s'agissait de 50 minutes de vulgarisation scientifique sur le sujet du dimorphisme sexuel. Le film datant de 2012, on pouvait espérer un aperçu sur des découvertes récentes.

Amateur d'émissions sur ces sujets, je repère donc ce documentaire et je palmipule habilement ma télécommande pour l'enregistrer. Quelques temps plus tard, je commence à regarder et je constate que dès le début, il se présente effectivement comme une enquête scientifique. On nous annonce que partout dans le monde, l'homme est plus grand que la femme d'environ 15 cm et que l'on va essayer de comprendre cette situation.

L'intro, un coup de nageoire dans l'eau

Sur ces entrefaites, on nous annonce fièrement que le plus gros mammifère au monde est la baleine femelle. De manière convenue, le documentaire laisse entendre que cela réfuterait un cliché selon lequel le mâle serait naturellement plus grand et plus fort. Sauf que bien évidemment, sur le plan logique on n'a en fait rien réfuté du tout, puisqu'on parle d'autre espèces que la nôtre, avec d'autres mécanismes adaptatifs. En fait, pour l'instant on a juste esquivé le sujet, et c'est la fin de l'introduction.

La forme du film commence à nous dire des choses

Cependant, mes oreilles de volatile se dressent en détectant que le ton du documentaire n'est pas celui de la vulgarisation scientifique, ni encore celui d'un reportage. Première dissonance cognitive. Ce qu'on entend, c'est une voix off de chroniqueuse. Et l'on retrouve les traits distinctifs de la chronique radio ou télé : rhétorique assise sur une pseudo-logique de gros bon sens ; ton ironique, un peu prétentieux et nombreux sous-entendus ; petits interludes visuels avec des images sans réelle signification qui se contentent d'habiller le pitch.

Je me dis, voilà comme souvent un bon sujet mal habillé. Continuons malgré tout…

En fait, tout au long du documentaire, on va alterner entre des monologues de scientifiques, filmés sur leur lieu de travail - dont le discours sera généralement factuel et intéressant, quand il s'agit de leur domaine de compétence - et ces interludes voix off, avec toujours ce même ton de chronique d'opinion et ces enchaînements capillotractés, pour réinterpréter ce que nous venons d'entendre et nous guider avec du prêt-à-penser.

L'inné, un facteur bien vite écarté

Nous commençons donc avec un pédiatre endocrinologue, qui nous affirme que les éléments génétiques expliquant la taille sont probables, mais ne sont pas aujourd'hui clairement identifiés. Le monsieur semble sympathique, mais on se demande pourquoi ce n'est pas un généticien qui est interrogé. Quoi qu'il en soit, la piste génétique est aussitôt écartée par la voix off.

L'acquis, un facteur longuement creusé

On poursuit avec un historien spécialiste de l'anthropométrie européenne sur les 4 derniers siècles. D'après les documents militaires et pénitentiaires, l'historien nous assure qu'on ne devient pas de plus en plus grand, mais qu'on observe des périodes de croissance et de décroissance des populations. Cependant, son discours manque de précision et on ne sait rien de la tendance à long terme. Il ajoute que la stature des femmes diminue avant celle des hommes, et augmente après celle des hommes.

On revient alors sur notre pédiatre qui nous indique que le rôle de l'environnement dans les variations de taille est avéré. Alimentation et conditions de vie jouent, l'historien le confirme en montrant qu'au sein d'une population, les tailles varient selon la classe sociale et ce, d'autant plus que les inégalités sont fortes. Ainsi, l'un des écarts les plus importants se trouve dans l'Angleterre de 1800 : une quinzaine de centimètres séparaient l'adolescent aristocrate (mâle) de l'adolescent prolétaire (mâle). La voix off fait immédiatement un parallèle avec les 15 cm qui séparent hommes et femmes - hors de tout argument logique - et je commence déjà à ressentir bien malgré moi, quelque agacement quant à ce documentaire scientifique.

Enfin, sur fond d'images d'enfants africains sans doute tirées de la communication de l'Unicef, le pédiatre nous explique qu'en cas de famine, le corps cesse de grandir en se concentrant sur ses fonctions essentielles comme la croissance du cerveau.

Courbes de croissance et rhétorique

Toujours avec notre pédiatre, nous voilà partis sur la croissance de chaque sexe. Pendant l'enfance, garçons et filles grandissent à peu près de la même façon, ensuite les filles grandissent plus tôt au moment de la puberté et les garçons plus tard et plus longtemps.

S'ensuivent plusieurs séquences purement rhétoriques, avec interview totalement creuse d'un paléoanthropologue et beaucoup de voix off, pour souligner ce que nous savions déjà : les courbes de croissance n'expliquent pas grand-chose et pour l'instant, le documentaire n'a absolument pas répondu à la question initiale.

Une première infusion de vraie mauvaise foi

Nous voici maintenent avec une biologiste spécialiste des lézards qui nous explique que selon les espèces, le dimorphisme de taille peut varier - ou non - en fonction des conditions environnementales. Les lézards femelles sont toujours plus grandes, mais chez les tortues, selon les conditions, le dimorphisme est réversible. La biologiste tire la conclusion générale que le dimorphisme sexuel de taille n'est pas fixé (comprendre : pas inné).

Arrêtons-nous un instant là-dessus, car cette conclusion est déjà tout à fait discutable. En fait, le dimorphisme pourrait tout aussi bien être fixé, mais différemment selon les espèces.

La biologiste continue à dérouler son discours et depuis sa conclusion à l'échelle du règne animal, elle infère - elle a quand même la décence de dire à mon avis - que le dimorphisme sexuel de taille chez les humains n'est pas fixé non plus.

Et là, il y a une erreur de logique vraiment grave : il n'y a aucun lien de cause à effet. Un fait inexact à l'échelle de l'ensemble du règne animal n'est pas nécessairement inexact à une échelle plus petite, comme une espèce. En fait, ses observations de laborantine sur les lézards tendent justement à démontrer très exactement le contraire.

Cependant, la voix off ne relève pas que l'avis de cette biologiste est complètement inepte puisque irrationnel, contradictoire et qu'en outre il ne s'agit pas de son champ de spécialité car elle n'étudie pas l'homme. Au contraire, elle nous fait passer cette opinion pour un enseignement de la biologie de l'évolution !

Retour à la rationalité ?

On change d'ambiance avec un bio-anthropologue qui nous explique que Lucy a été identifiée comme une femelle à cause de sa petite taille, mais qu'il s'agit peut-être d'une conclusion hâtive. En effet, on ne sait rien sur le dimorphisme sexuel de taille chez les australopithèques.

Il a raison, bien sûr. De nombreux paléontologues, anthropologues, archéologues ont raconté beaucoup de conneries. S'il fallait toutes les recenser, cela mériterait une émission à part.

La voix off ironise lourdement : ce préjugé est tellement ancré dans nos têtes qu'il peut brouiller l'analyse scientifique. En terme de brouillage d'analyse scientifique, c'est un peu l'hôpital qui se fout de la charité.

On aborde enfin la sélection sexuelle

Un biologiste nous explique la sélection sexuelle, à savoir la partie de la sélection naturelle qui concerne les pressions de reproduction et favorise l'apparition de traits chez un seul sexe. Et donc, la taille pourrait constituer un facteur de sélection sexuelle chez les hommes : en d'autres termes, les hommes les plus grands seraient favorisés pour la reproduction.

On observe chez les cerfs un dimorphisme sexuel de taille en faveur des mâles, qui s'affrontent entre eux pour l'accès aux femelles. Une plus grande taille les rend plus forts au combat. Un zoologue nous indique que de manière générale, quand les mâles sont plus grands que les femelles, il s'agit d'une espèce polygyne - un mâle pour plusieurs femelles. A l'inverse, dans des espèces monogames comme le gibbon, on n'observe pas de différence de taille significative ; et même d'après le zoologue, c'est le cas dans toutes les espèces monogames.

Dans un style très britannique qui rappelle Desmond Morris, il conclut prudemment que cela semble montrer que l'espèce humaine, à une étape de son évolution, était largement polygame. On s'amuse de le voir mentionner une période indéfinie du passé et ne rien affirmer pour le présent. Je me dis, ouf ça y est on est sorti du fatras d'idioties et on touche enfin au coeur du sujet, ça promet d'être intéressant.

Patatras

Cependant, la voix off prend immédiatement le relais pour instiller le doute ce que l'on vient d'entendre au motif que nous sommes certainement plus proche des gibbons que des cerfs… La pertinence scientifique de cette réflexion me fait immédiatement retomber sur terre.

On nous déclare ensuite qu'en cas de combat entre les mâles pour l'accès aux femelles, il faut disposer d'armes. Après nous avoir montré les imposantes canines de différents singes, revoilà notre paléoanthropologue de tout à l'heure (celui qui parlait pour ne rien dire). Cette fois-ci, il a quelque chose à déclarer : chez les primates, plus les mâles sont en compétition, plus leurs canines sont importantes. Par conséquent, les hommes n'ayant pas de canines impressionnantes, cela veut donc dire qu'ils ont perdu leurs canines au moment où ils ont cessé de s'affronter pour les femmes. Cqfd.

Et là je bondis sur mon siège : What the fuck ! Ce type est vraiment un scientifique ? Il ne lui est jamais venu à l'esprit que peut-être l'homme utiliserait des outils (genre, un gourdin) et que c'est pour cette raison que sa mâchoire n'aurait plus joué de rôle sélectif ?

Cependant, le type continue sur sa lancée et conclut crânement que la différence de taille entre hommes et femmes n'a aucun rapport avec la compétition entre hommes.

Au final, il faut donc comprendre que nous serions proches des gibbons, mais pas des chimpanzés. Ah, la voix off a oublié de le mentionner ?

Sélection sexuelle round 2

On passe à l'autre aspect de la sélection sexuelle : le choix des femelles. On nous montre des images d'oiseaux au beau plumage. Retour au biologiste expliquant que dans beaucoup d'espèces, les femelles ont une préférence pour les mâles plus grands.

Un sociologue prend le relais et spécifie la taille idéale : 1m82. Une étude sur les officiers de West Point a démontré qu'à âge et classe sociale équivalents, les hommes les plus grands avaient davantage d'épouses au cours de leur carrière.

On retrouve notre paléoanthropologue douteux qui après un nouveau verbiage fumeux, nous dit qu'un homme plus grand offre peut-être une assurance de mieux protéger femme et enfants contre les autres hommes. Hé, mais je croyais que c'était impossible sans canines ? Ce n'est pas la cohérence qui l'étouffe celui-là…

L'argument hallucinant

Cependant, de manière totalement inattendue, la voix off balaye tout ce qui vient d'être dit d'un revers de main, au motif que ce qui est vrai pour les oiseaux ne l'est pas forcément pour les hommes, et peut-être encore moins pour les femmes.

J'en tombe sur le croupion. On nous refait donc le coup des gibbons, mais cette fois-ci, en franche mauvaise foi. Et ainsi, la sélection sexuelle, qui est juste l'un des éléments majeurs du darwinisme, est disqualifiée sans autre argument que quelques images de paons et de tourterelles.

Nous le savons tous : comme nous ne sommes pas des oiseaux, les hommes grands et forts ne sont pas favorisés pour la reproduction, et les femmes aiment tout autant les hommes petits et chétifs !

Forcément, à force de refuser les vraies explications, le documentaire est amené à se tourner vers des explications plus fumeuses. Mais ça, on commence à se dire que c'était au programme dès le début.

La sélection naturelle façon 1930

Donc, on se tourne vers les explications à l'ancienne, grand homme chasseur et petite femme cueilleuse. Ces théories datées sont faciles à disqualifier en faisant parler une ethnologue, qui va aisément nous expliquer que la taille n'a rien à voir avec la chasse, vu que des populations de petite taille chassent tout autant. Et bien évidemment, la madame nous explique que des femmes de 1m40 dans certaines peuplades accomplissent des tâches épuisantes.

La voix off reprend de plus en plus agressivement la main au fur et à mesure du documentaire pour dénoncer les clichés concernant les femmes… tout en enfilant elle-même davantage de perles chaque minute, s'éloignant délibérément de toute démarche scientifique.

Un renversement de perspective artificiel

Nous sommes soi-disant arrivés au bout du bout, la voix off prétend que toutes les explications ont été écartées, et que reste-t-il je vous le donne en mille ? A montrer que ce ne sont pas les hommes qui sont plus grands, mais les femmes qui sont plus petites.

Bien sûr, il est totalement légitime et même indispensable d'étudier le dimorphisme côté féminin. D'un autre côté, la manière dont cette approche est engagée me met immédiatement mal à l'aise, avec ses grosses bottes idéologiques et cette opposition fabriquée de toute pièce autour d'une norme imaginaire.

Voilà une zoologiste qui nous affirme qu'une mère de grande taille est avantageuse pour ses petits. Et revoilà les baleines et d'autres mammifères marins, puis un primatologue décrétant qu'une femme humaine de grande taille est avantagée pour avoir un enfant avec un plus gros cerveau. Et on se redemande quand même : de quoi tu parles, tu es primatologue pas médecin…

Accouchement difficile

On enchaîne sur un paléo-anthropologue qui nous rappelle que l'homme, contrairement aux autres primates, est une espèce bipède et qu'en conséquence, la largeur de son bassin est limitée pour permettre la marche et le soutien des viscères. Bassin étroit, gros cerveau et temps de gestation long rendent l'accouchement particulièrement difficile.

Un obstétricien explique à quel point l'accouchement est un parcours du combattant avec de multiples rotations de l'enfant. En conséquence, le taux de mortalité des femmes du fait de problèmes obstétricaux est le plus elevé de tous les primates. La voix off devenue mortellement sérieuse affirme que l'accouchement reste aujourd'hui la première cause de mortalité des femmes dans les pays faiblement médicalisés, et une femme de moins d' 1m50 connaîtrait deux fois plus de risque.

Etudes de genre ou théorie du genre

A ce stade, le documentaire évoque les études de genre, ces travaux universitaires apparus dans les années 2000 qui tentent de démontrer que les différences entre hommes et femmes sont construites socialement.

Le documentaire ne mentionne pas, par contre, la polémique particulièrement musclée qui accompagne les études de genre. En effet, montrer que des constructions sociales de genre existent, c'est une chose ; c'en est une toute autre d'affirmer que toute différence entre sexes n'est que construction sociale. Or dans les travaux de cette école, on lit très souvent ce genre de conclusion, expression directe du militantisme féministe ou LGBT des auteurs.

En réalité, les études de genre ne sont généralement pas grand-chose d'autre que des statistiques sociologiques. Elles n'ont aucune légitimité au-delà, et ne devraient donc jamais se permettre de parler des sciences plus dures. La propension visiblement abusive de ces études à présenter certaines conclusions comme scientifiques, et à repeindre le vocabulaire avec une sorte de novlangue pour imposer leurs idées, conduit leurs adversaires à les qualifier de théorie du genre (à juste titre selon moi) voire à leur dénier toute valeur scientifique (à mauvais escient selon moi - leur scientificité est réelle mais dans un champ limité).

Pour qu'on comprenne bien mes propos, je parlerai d'études de genre pour les travaux sociologiques stricto censu, et de théorie du genre pour l'idéologie behavioriste de ce mouvement.

Le vrai but du documentaire commence à apparaître

Et donc, une anthropologue que nous n'avons pas encore vue jusqu'ici, visiblement spécialiste des études de genre, apparaît et nous explique qu'avec les pressions de sélection obstétriques, les femmes devraient être plus grandes que les hommes dans un contexte de sélection naturelle optimale.

Mes yeux s'écarquillent.

Pour bien résumer à ce stade : on tente donc de nous faire croire que la pression de sélection sexuelle sur les femmes ne peut être qu'obstétrique. Par exemple, on n'envisage même pas que les hommes puissent avoir des préférences, de toute façon eux ils baisent n'importe quoi n'est-ce pas… De plus, comme cette pression obstétrique est purement théorique mais n'est pas corroborée par les faits, on forge un concept de sélection naturelle optimale dont Darwin n'a jamais pipé mot ; et pour cause, le propre du darwinisme étant de décrire le réel. Détourner un terme scientifique pour l'appliquer à une vue de l'esprit : cela ressemble à s'y méprendre à du pur charlatanisme.

L'accès à la nourriture

Cependant, fidèle à sa mécanique de yo-yo, le documentaire zappe immédiatement et rappelle qu'une petite taille est un avantage en cas de disette. Va-t-on donc, à un moment, avoir une réflexion sur une survie des femmes qui serait facilitée par leur petite taille, l'évaluer comme pression de sélection, peut-être imaginer un rapport avec la longévité des femmes qui est supérieure à celle des hommes ?

C'est hélas trop demander. Revoilà plutôt notre primatologue qui enchaîne sur la lutte pour l'accès à la nourriture entre sexes au sein d'une même espèce. Le mâle plus gros et plus fort évince la femelle et se rassasie en premier. Images de gorilles et de chimpanzés ; sur ce sujet, on aurait tout aussi bien pu montrer des lions, par exemple. Cependant, vu qu'on a écarté des faits scientifiques avérés avec juste des images de cerfs et d'oiseaux, ça n'aurait pas fait assez sérieux, pour sûr. On veut montrer par le non-verbal que cette piste de réflexion est approuvée, on choisit donc de nous montrer des singes supposés proches de nous pour… eh bien, nous manipuler.

La voix off, d'un ton jubilatoire, assène que les femmes ont besoin de 30% de protéines de plus que les hommes… pendant les périodes de grossesse et d'allaitement (ouf ! On a esquivé le franc mensonge). Et l'anthropologie est appelée à la rescousse pour montrer des tribus où il y a une compétition alimentaire entre sexes, des systèmes culturels où les meilleurs morceaux sont réservés aux hommes. On nous parle même d'une tribu africaine où les nouveaux-nés garçons voient leur soif immédiatement étanchée tandis que les bébés filles doivent attendre.

Sur fond d'images Unicef, revoilà l'Afrique avec les femmes sous-nutries, carencées, de petite taille et qui meurent en couches.

La théorie du complot mondial et éternel

Et nous terminons avec notre anthropologue théoricienne du genre, qui nous donne donc l'explication ultime : la plus petite taille des femmes est la conséquence d'un système culturel organisé sur des générations et des générations.

Sans le nommer, le patriarcat, qui affame donc les femmes.

L'ethnologue de service ajoute que la domination des femmes par les hommes a lieu sur toute la planète.

Voix off : femmes rebellons-nous, devenons plus grandes.

Générique.

Les ailes m'en tombent.

Quelques arguments pour s'acheter un cerveau

Je me disais qu'il n'y a pas vraiment besoin d'arguments pour démontrer le manque total de scientificité de cette conclusion, que dis-je, sa profonde débilité, ainsi que de tout le parcours téléguidé qui y mène. Toutefois, en lisant quelques critiques sur le web, je me suis aperçu que certaines personnes avaient pris au sérieux cette propagande sexiste.

Alors, si un jour elles arrivent jusqu'ici, donnons-leur quelques éléments de réflexion.

Commençons par l'évidence. Si la plus petite taille des femmes est dûe à la privation alimentaire, comment se fait-il que la taille des femmes ne rattrappe pas celle des hommes dans les pays riches, ceux où l'obésité est un fait de société ? D'ailleurs, personne ne peut croire que les femmes soient sous-nutries en France.

Rappelez-vous, on nous l'a assez seriné : la taille réagit rapidement, d'une génération à l'autre, à la modification des conditions de vie. Plus encore, l'historien nous a montré que les différences de taille au regard des conditions de vie sur une même génération forment un continuum, or le dimorphisme sexuel de taille demeure fixe à 15 cm dans tous les cas de figure. En fait, le documentaire a lui-même donné des éléments suffisants pour démonter sa propre thèse.

Allons un peu plus loin quant au côté absurde et fumeux de la théorie du genre appliquée au dimorphisme sexuel. L'espèce humaine a environ 5 millénaires d'histoire depuis les premiers textes écrits, et les principales civilisations ne sont guères entrées en contact les unes avec les autres avant le 16e siècle. Certaines tribus demeurent encore à l'écart aujourd'hui. Socialement et culturellement, toutes ces civilisations sont très différentes. Par quelle magie les différences de taille sont-elles exactement les mêmes dans le monde entier, s'il s'agissait uniquement d'une construction sociale et culturelle sans racine biologique ? Alors, oui il existe des mécanismes où les hommes sont mieux alimentés que les femmes dans des sociétés traditionnelles, mais non cela est très loin d'expliquer des différences de taille extrêmement stables entre sexes, partout sur le globe et de manière identique dans le temps.

La théorie du genre ne tient pas la route

On pourrait d'ailleurs aller plus loin et se poser la même question concernant la répartition sociale des rôles entre sexes (que les idéologues féministes qualifient systématiquement avec des termes connotés comme patriarcat ou stéréotypes de genre, ce qui est pratique pour interdire tout un pan de réflexion). La grande similarité de certains rôles sociaux sexués au sein de civilisations très éloignées dans le temps et l'espace ne permet pas de faire l'économie d'une théorie biologique (je n'ai pas dit génétique). Arguer d'une conspiration est juste risible, dire qu'on n'a rien trouvé de biologique donc rien n'existe est un peu plus cohérent intellectuellement, mais ne mène nulle part.

Et finalement, on peut aller toujours plus loin et se demander si même parler d'une construction sociale et culturelle sans fondement biologique a un sens. A mon humble avis, cette croyance est absurde. Les partisans du tout-acquis sont tout autant dans l'erreur et dans l'extrémisme intellectuel que les partisans du tout-inné. Et je prétends que pour la science contemporaine, la vraie, c'est un combat d'arrière-garde : toutes les avancées de la recherche montrent que l'inné et l'acquis s'entrecroisent, s'interpénètrent, jouent tous deux un rôle.

Sexisme et charlatanisme

Bref, l'idéologie de la théorie du genre, quand on creuse un peu, n'est rien d'autre qu'une théorie du complot paranoïaque qui comme souvent, clame abusivement des prétentions scientifiques. Pour ce faire, elle utilise de vieilles ficelles : le chercheur qui tire des conclusions hors de son domaine de compétence, le jargonnisme porteur de connotations, le charlatanisme caractérisé. Tout ça pour arriver in fine à gentilles femmes, méchants hommes. Du bon gros sexisme déguisé en antisexisme, sur une base de ils dominent le monde, qu'on a pu voir appliquer à d'autres catégories de population comme les juifs ou les francs-maçons.

On trouvera certainement des militantes pour m'agresser avec des attaques ad canardem prétendant que je suis un phallocrate défendant des inégalités de droits ou de revenus. C'est bien mal me connaître, mais ce qui compte surtout, c'est que la réflexion scientifique n'a rien à faire de la politique - à part pour ces gens-là, évidemment.

L'habit ne fait pas le scientifique

C'est pourtant hélas, à titre de document scientifique que ce documentaire a été présenté dans plusieurs sites et magazines de vulgarisation, et même projeté à l'université de Lorraine ; très logiquement, il est donc évoqué comme référence dans divers blogs et sites d'opinion plus éloignés de la science et qui cherchent une caution à leurs idées.

Et en effet, l'argument d'autorité est bien présent au casting, sous la forme d'une conseillère scientifique, Priscille Touraille, anthropologue au CNRS et au Muséum national d'histoire naturelle. La madame qui assène la conclusion-choc, quelle surprise. Des titres bien ronflants et certainement rassurants, sur le papier, quant au sérieux du documentaire - au moins pour ceux qui n'ont jamais rencontré de chercheurs en sciences humaines du CNRS...

Petite parenthèse : pour ma part, j'ai pu constater in vivo qu'il ne manque pas, dans cette institution prestigieuse, de semi-gourous et d'hurluberlus complètement allumés. Il faut dire qu'une fois coopté là-dedans, vous êtes mandarin, personne ne contrôle ce que vous faites et tout ce que vous racontez a force de loi... Dans des matières humaines où la démarche scientifique est facilement dévoyée, beaucoup ne résistent pas à l'autorisation tacite de transformer leur marottes et opinions en vérités académiques. Fin de la parenthèse.

Et la voix off, me direz-vous ? Je me disais bien que je connaissais cette voix... c'est Sophia Aram. Bon jusque-là, j'aimais plutôt bien Sophia Aram dans certaines de ses chroniques politiques à la radio qui avaient de la gueule, et où elle assumait. Qu'est-ce qu'elle a été faire dans un documentaire scientifique ? On pourait dire : le pourrir. Mais en réalité, ce documentaire n'a jamais été scientifique et elle a juste choisi de faire de la propagande masquée. Du coup, elle baisse beaucoup dans mon estime, je dois dire.

Enfin, s'agissant d'Arte, ils ont bel et bien produit, financé et soutenu cette bouse, qui a certainement bénéficié de moyens pas ridicules, vu son apparence. Il y avait sûrement une féministe de choc dans la division production d'Arte en 2012… On se consolera en se disant qu'heureusement, parfois, Arte diffuse aussi de vrais documentaires scientifiques ! Ceux de la BBC, par exemple.

Post-Scriptum : je ne suis apparemment pas le seul à avoir halluciné en regardant ce reportage... voir par ici ce que pensent des scientifiques reconnus de cette théorie. Laquelle n'a d'ailleurs jamais été publiée dans une revue à comité de lecture.

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